Mamy
 

Mamy Vie intérieure

La maison de grand-mère était pleine d'objets qu'elle avait gardé au fil des années. Juste avant son départ dans une maison médicalisée en 2011, j'ai voulu immortaliser son monde. Cette bâtisse, je ne l'avais jamais tellement aimé, étant enfant, car elle me faisait un peu peur. Mais à travers mon appareil, j’ai eu l’occasion de la voir différemment. J'ai ainsi découvert un monde de mémoire aux détails infinis. L’accumulation des objets ici et là m’a beaucoup ému. A la manière d’un film projeté sur un écran noir, j’ai ainsi entrevu tout ce qu’une vie charrie : petits objets, photos jaunies, livres écornés, lettres manuscrites, bibelots, argenteries et mobiliers hérités de génération en génération. Tout ces objets me sont alors apparus comme vivant. Ils étaient son monde et ses souvenirs des chevaux tractants des charrettes aux principes de la bienséance. Durant ce temps suspendu, son monde était encore là, certes défraîchi et esquinté par le temps mais bien présent et bouleversant de vérité. A cet instant, je savais aussi que la vie allait continuer, la maison serait vendue et vidée, les objets vendus, donner ou bien jeter . Qui peut bien s’intéresser à un vieux ticket de cinéma usagé resté dans un livre ? Il n’aura eu de sens que pour sa valeur sentimentale de l’époque si on imagine une séance de cinéma d’un jeune couple qui découvre l’amour après la deuxième guerre mondiale. Ce moment passé dans cette maison m’a interpelé sur ma propre vie et sur mes propres objets. Je suis tout aussi attachée aux petits mots et aux coquillages ramassés sur la plage qui me rappellent des souvenirs, un jour, eux aussi oubliés. Maintenant, cet endroit tel qu’il était ce jour-là, a disparu. C’est là que réside la magie de la photographie, mes petites photographies sont une mémoire, elles rappellent qu'un esprit a vécu ici.