INTERLUDE

« Tu vois ? Dans les contes, on fait comme on veut, dans la réalité,

on fait comme on peut» L'amie prodigieuse 3

Octobre 2020

du latin ludus, jeu  : divertissement dramatique ou musical inséré dans un spectacle. 

La sensation d’être isolé, voir l’ombre comme une menace, se tourner vers des objets essentiels, regarder l’autre au travers des vitres, ne plus pouvoir aller où l’on veut, fuir les regards et apprendre à se distancer, perdre le lien et pourtant le rechercher, regarder en arrière vers ce que l’on connaît et être perdu face à un horizon bouché, finalement éprouver en son for intérieur un sentiment nouveau, le flottement… voici Interlude. 

 

Cette série est née de l’état sans précédent dans lequel notre humanité a été plongée. La période printanière de l’année 2020 nous a vu perdre nos repères et nos réconfortantes certitudes. Dorénavant, où regarder et où aller ? 

 

A la manière d’un journal intime, j’ai retranscrit les émotions latentes et pesantes de mon entourage, inanimé ou vivant. Dans un premier temps, mes appareils étaient utilisés de manière presque curatrice pour donner un but à cette période. Puis ils sont devenus la ressource essentielle de ce temps suspendu que j’ai eu envie de garder en mémoire. A la manière d’objets transitionnels comme repère dans le néant, mes appareils m’ont guidé vers les autres, ils m’ont permis de garder le lien dans la distance imposée pour figer, dans le brouillard des coeurs, les visages et les objets de mon quotidien. 

 

De retour dans ma maison familiale pour vivre ce petit bout de fin du monde, mes yeux se sont posés sur le monde restreint qui m’entourait et sur les gens que j’aime. Ces images, bien que personnelles, ont une tonalité universelle. Il s’agit, après tout, d’une petite histoire du monde, vécue par tous. 

Ces observations d’un monde restreint ont naturellement trouvé leur support dans le choix du format carré car il en accentue l’effet. La perfection d’un carré, c’est une perspective bouchée et un axe directionnel imperceptible. Le choix de l’argentique et son grain se sont aussi imposés : attendre que la pellicule soit finie, envoyer les négatifs à développer par la poste et attendre encore de recevoir les images… Tout le processus créatif de ces images est un écho à cette période particulière. 

 

La série porte en elle une mélancolie douce heureuse. Elle est résolument tournée vers l’émotion en quête de l’autre, à l’affût de ce qui fait la beauté, le détail désarmant et la preuve du passage de l’autre.

October 2020

from the Latin ludus, game: dramatic or musical entertainment inserted in a show.

The feeling of being isolated, seeing the shadows as a threat, turning to essential objects, looking at the other through the windows, not being able to go where you want, to avoid glances and learn to distance yourself, to lose the link and yet seek it, to look back towards what one knows and to be lost in front of a blocked horizon, finally to experiment in its interior a new feeling, the wavering… this is Interlude.

 

This series was born out of the unprecedented state in which our humanity has been plunged. The spring period of 2020 saw us lose our bearings and our comforting certainties. From now on, where to look and where to go?

 

Like a diary, I transcribed the latent and burdensome emotions of those around me, inanimate or alive. At first, my devices were used in an almost curative way to give a purpose to this period. Then they became the essential resource for this suspended time that I wanted to keep in mind. Like transitional objects as a landmark in nothingness, my devices guided me towards others, they allowed me to keep the link in the distance imposed to freeze, in the fog of hearts, faces and objects of my daily life.

 

Back in my family home to experience this little end of the world, my eyes fell on the small world around me and on the people I love. These images, although personal, have a universal tone. This is, after all, a little story of the world, lived by everyone. In addition to this, you need to know more about it.

 

These observations of a small world naturally found their support in the choice of the square format because it accentuates the effect. The perfection of a square is a blocked perspective and an imperceptible directional axis. The choice of film and its grain were also imposed: wait for the film to be finished, send the negatives to be developed by post and still wait to receive the images… The whole creative process of these images is an echo of this period particular.

 

The series carries with it a happy sweet melancholy. She is resolutely turned towards emotion in search of the other, on the lookout for what constitutes beauty, disarming detail and proof of the passage of the other.

Artiste, photographe et réalisatrice 
Artist, photographer and director 

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Interlude