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DAS KINO DES LEBENS

2026​​​​​

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Le cinéma de la vie

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En juin 2026, je me suis rendue en Allemagne pour photographier la ville d’Essen dans le cadre d’une résidence artistique d’une quinzaine de jours. 

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Étrangère dans cette ville, je suis restée peu de temps pour en faire le portrait qui me semblait fidèle. Cette position fragile m’a ainsi obligée à la regarder autrement. 

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Il se trouve que je ne parle pas allemand. Durant ce voyage, je me suis souvenue de l'heure d'un choix crucial au collège où j'avais coché l’option espagnol contre l'avis de ma mère germanophone. Durant ce voyage, cette langue que je ne comprends pas a été la bande-son de mes pérégrinations. Je ne comprenais pas ce que les gens disaient quand ils se parlaient, il me restait alors les corps, les déplacements, les regards, les silences, les lieux et les atmosphères à observer pour comprendre en creux ce qui se jouait. 

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Ma pratique artistique fait dialoguer deux médiums que je chéris : la photographie et le film. Ce projet s’est ainsi construit autour d’un protocole assez clair et répétitif, réfléchi en amont du voyage. 

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Le film devait accompagner mes déplacements et fixer les flux de la ville. Il observerait, à travers des plans-séquences fixes, ce qui échappe parfois à l’image fixe : la durée, les mouvements, les passages, l’attente.

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La photographie, elle, devait s’attarder sur les très nombreuses salles de cinéma d’Essen et sur les gens qui les fréquentent, qui attendent une séance, regardent un écran, partagent un même espace.

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Il ne manquait que le son. Cette langue que je ne comprends pas, je me devais de l’enregistrer. J'ai donc interviewé des habitants de Essen au Lichtburg, le plus majestueux des cinémas, celui dans lequel Wim Wenders organise ses avant-premières. J'ai ajouté à ces échanges le son de  la ville : les bruits qui m'ont intriguée et interpellée lors de mes sorties matinales et nocturnes. 

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Das Kino des Lebens est une carte postale visuelle et sonore envoyée depuis Essen. Pas une carte postale qui chercherait à montrer les monuments ou les lieux emblématiques d’une ville, mais une carte postale faite de fragments : des visages, des voix, des rues, des sons, des mouvements, des attentes, des objets, des lumières et des morceaux de vie.

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Au fond, je suis venue à Essen pour aller au cinéma et je suis repartie avec un film sur la ville.

©Anne-Charlotte Moulard 2026 - France - All rights reserved

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